samedi 11 avril 2009

Épisode où mon coeur flotte

Ce matin, j'ai pris mon comprimé d'Actonel, comme chaque samedi depuis un mois et demi.

J'essaie, toutes les fois que je le fais descendre avec la tasse d'eau prescrite, durant l'heure où je dois rester debout, sans manger, de ne pas penser à la dame aux cheveux blancs, sur la brochure. Elle sourit, la vieille dame, toute heureuse que son petit comprimé hebdomadaire lui permette d'éviter, une semaine de plus, un mois de plus, un an de plus, qui sait ? d'être confinée à un fauteuil roulant. Pour le reste de sa vie.

Mais moi, j'ai juste 46 ans.
Et je le maudis, ce comprimé, chaque samedi matin. Je le hais viscéralement, de faire de moi une dame à la tête brune, pas blanche, pas grise, au-dessus de laquelle plane l'ombre d'un fauteuil roulant.

Les gens ne savant pas, mais l'ostéoporose peut briser une colonne vertébrale, juste par le simple geste de sortir un chaudron un peu lourd du four.

Je cuisine beaucoup. J'en ai plein de chaudrons qui pèsent une tonne.
Surtout, j'ai 46 ans. Seulement.

À la pharmacie, hier :
Moi : Dites, c'est normal que mes menstruations soient beaucoup plus abondantes et prolongées, depuis que je prends ce truc ?
Le pharmacien : ...
Le pharmacien : ::regarde attentivement l'écran de son ordi::
Le pharmacien : ::fronce les sourcils::
Le pharmacien : Je ne sais pas. D'ordinaire, y a que des femmes ménopausées, de 65 ans et plus, qui le prennent.
Moi : ::tourne les talons sans rien dire::

Je sais bien que c'est pas l'Actonel, le responsable.
Mais il faut bien que j'en veuille à quelque chose, quelque part, et il ne me reste à détester qu'une petite brochure avec une vieille dame sereine sur la couverture.

Et ce soir, ben le comprimé, il ne passe pas.

mercredi 8 avril 2009

Épisode où une fois de plus, je suis ailleurs

Ailleurs comme : pas dans ma tête.
Ailleurs comme : dans une énième chambre d'hôtel.

Toronto, cette fois. Pour la deuxième fois ce mois-ci. Le mois dernier, c'était Tawa. L'autre : Edmonotone. J'en ai marre des chambres toutes pareilles, toutes beiges égal, de l'odeur trop propre des serviettes, marre des savonnettes au citron, au gingembre, au concombre, au champignon shitake, dépendant de la chaine hôtelière.

Enfin, pas vraiment au champignon shitake, mais je ne me rappelle plus de l'autre flaveur classique et combien hydratante de savonnette d'hôtel. Ras le bol de la moquette, aussi. Dure sur l'asthme, la moquette. Méchant festival de petits chocs électriques qui éclatent quand je m'habille à toute vitesse le matin, parce que le réveil n'a pas sonné. Ben... pas sonné assez fort, du moins.

Pu capable de voir le petit carton sur l'usage écologique du détergent à serviettes.

Ah. Beurre de karité ! C'est le beurre de karité, qui m'échappait tout à l'heure.

Y a pas que ça qui m'échappait d'ailleurs. Y a plus de trente minutes, j'ai voulu revenir ici, question de retrouver un petit morceau de moi, je suppose. Mais voilà : impossible de me rappeler de l'adresse courriel utilisée pour créer le blog.
Le blanc total. Ça ne m'a pas vraiment étonnée : la fatigue me fait tout perdre. Un jour, faudra m'accrocher un truc autour du cou, comme portent les enfants que je croise à l'aéroport.

Je ne me souvenais que d'une chose : j'avais créé une adresse gmail pour l'occasion. Mais laquelle, zut ? Essaie ceci, essaie cela : pas moyen d'entrer. Impénétrable, le foutu blog.

Et puis j'ai découvert un petit outil, sur GMail, qui permet de retrouver un nom d'usager perdu, par le biais de l'adresse courriel d'origine. Oh surprise : je n'ai pas retrouvé un nom d'usager... mais quatre. Aucune idée de la raison pour laquelle j'en ai autant -- je suis peut-être une Mata Hari du courriel, et je ne le sais pas ?

Et pourquoi il neige, ce soir ?

mardi 23 décembre 2008

Épisode où se pointe le nez de la Princesse

Dans quelques heures, je serai je ne sais pas trop à combien de pieds -- de mètres ! -- dans les airs.

Départ pour la Jamaïque cette nuit. Je n'y pensais pas trop avant ce matin, mais là, j'y suis. Fille que je suis, et distraite que je suis, aussi, ce matin au réveil je me suis fait une liste des choses à régler. J'aime bien faire des listes ; ça me rassure, et ça me donne l'impression d'être incroyablement efficace chaque fois que je biffe une entrée.

Le frigo est presque vide -- ça faisait partie des choses à faire : manger les restants, jeter ce qui ne survivrait pas jusqu'à demain, question de ne pas refiler involontairement une intoxication alimentaire à l'une ou l'autre des Trois Filles. Au congélo, tout est clairement identifié : avec ou sans noix.

Les valises sont faites ; je voyage normalement avec très peu de trucs, mais là, suis excitée, et puis des vêtements d'été, ça ne pèse rien et ça occupe très peu d'espace. Je suis prête à parier que je n'utiliserai que ce qu'il y a la surface de la valise, et que les strates du dessous y resteront, sans être portées, ni même touchées.

Le plus emmerdant, ça a été d'expliquer le fonctionnement du système d'alarme aux Trois Filles, qui s'en étaient peu soucié jusqu'à maintenant. Je m'y suis fait depuis un bon moment, mais elles, elles vont devoir apprendre.

C'est une drôle de chose, ce système d'alarme. Je m'en suis toujours très bien passé, moi qui dormais jusqu'à récemment toutes fenêtres ouvertes l'été, même au rez-de-chaussée. Il m'arrivait même fréquemment d'omettre par distraction de verrouiller les portes. Je ne possède que très peu de bidules, et rien qui soit in, hi tech, ou dispendieux. Pas de bijoux non plus. Dans la maison, trois pièces sont entièrement vides, et Le Frisé est parti en emportant tout ce qui est de près ou de loin électronique ou raffiné.

Mais L'Homme-que-J'aime conduit une Princesse -- c'est-à-dire une voiture sport européenne. Je lui ai collé le surnom de La Princesse le jour où je l'ai vue refuser frileusement de grimper une micro pente enneigée, alors que ma Toyota bas de gamme sans climato et sans vitres électriques passe à peu près n'importe où. La petite précieuse, elle, bien que charmante et ronronnante, dérape et s'embourbe partout, pneu d'hiver ou pas.

La Princesse trône donc souvent dans mon entrée d'auto, et depuis, laisser la maison vide me stresse. C'est con ; je sais bien, moi, qu'il n'y a rien de plus dans la maison -- mais de dehors, c'est pas évident.

J'utilisais très peu le système d'alarme, jusqu'à ce qu'une copine me fasse remarquer, narquoise, que je payais chaque mois pour le service d'une centrale, alors que je n'activais jamais le truc en question lorsque je quittais la maison. Depuis, je m'en sers, question de principe et de logique financière... mais j'en suis par le fait devenue accro, et ça m'énerve malgré moi.

Et une névrose de plus, tiens !

samedi 20 décembre 2008

Épisode où l'on constate que la mémoire est sélective

L'Homme-que-J'aime (en route pour la SAQ, sacs recyclables à la main) : Il aime boire quoi, le Papa-des-Trois-Filles ? Du vin ? De la bière ?
Moi : J'en ai aucune idée
L'Homme-que-J'aime : (...)
Moi : (...)
L'Homme-que-J'aime : Vous avez vécu combien de temps ensemble déjà ?
Moi : Euhh... je sais pas trop. Quinze ans ? Dix-sept ?
L'Homme-que-J'aime : (...)
Moi : (...)
L'Homme-que-J'aime : (...)
Moi : Écoute, je ne m'en rappelle plus, qu'est-ce que tu veux que je te dise !

Fille cadette : Du vin, maman. Papa boit toujours du vin. Et tu as été avec papa 18 ans.

Épisode mettant en scène le Papa-des-Trois-Filles et sa blonde

Aujourd'hui, chez moi, c'est Noël.

L'Homme-Que-J'aime m'a offert un voyage à la Jamaïque pour Noël. Contrainte de travail oblige, impossible de partir la semaine avant Noël, ni celle suivant le Jour de l'An. Résultat : départ le 24 décembre, à 6 heures du mat'.

Il était de mise de consulter les Trois Filles avant de réserver ; c'est la première fois que je ne serai pas avec elles pour traverser la nuit de Noël et célébrer le solstice, ce tant attendu retour vers la lumière. Il a été incroyablement facile d'obtenir leur bénédiction ; les Trois Filles, sachant que maman hait l'hiver, d'un, et que maman, malgré ses 46 ans, n'a voyagé qu'une seule fois déjà (là, on exclut les millions de déplacements pancanadiens requis par le travail), de deux, sont heureuses pour moi, et adorent l'idée que je vais célébrer le solstice en plein soleil, les pieds dans le sable. Fille Cadette se retrouve avec la maison en bonus : elle pourra y recevoir tous ses amis le soir prévu de leur party -- plus d'espace, moins de contraintes liées au bruit. Un congélo plein. Et Lily pourra rester à la maison plutôt que... je ne sais même pas où, au fond -- ça existe, des chenils pour chats fous ?

Alors ce soir, chez moi, c'est la nuit de Noël, que je célébrerai avec l'Homme-que-J'aime, les Trois Filles, le boyfriend de l'une et son Epipen, ainsi qu'avec le Papa-des-Trois-Filles et sa blonde Jessica. Idée de l'Homme-que-J'aime, d'inviter le Papa-des-Trois-Filles, et qui leur a beaucoup plu, à toutes les trois. (Ma mère, si elle était vivante encore, flipperait !) Manquera juste Pupuce, mon frérot, exilé à Vancouver par amour. C'est un beau rassemblement familial, non ?

Orgie de popotte donc depuis hier. Je suis déchaînée. Côté mets principal, je la joue facile : fondue chinoise au menu, ce qui permet d'ajouter des convives à la dernière minute si nécessaire et de s'amuser avec toutes sortes de saveur. Y aura même du kangourou sur la table -- je savais pas du tout qu'il en poussait au Québec, du kangourou. Il est où, le champ ? L'hiver, doit-on leur mettre des petits manteau de laine à carreaux, comme les caniches ?

C'est avec les entrées et les desserts que je m'éclate ; Noël, c'est l'excuse parfaite pour me foutre des consignes des nutrionnistes (un n ? 2 n ? les deux font bizarre...) et de m'amuser avec mes casseroles et tasses à mesurer. Je ferai plus de kilomètres à pied sur la plage la semaine prochaine, c'est tout. Alors gâteau ganache noire et dulce leche, tourte chocolat noir et bleuets, servie sur sauce à l'érable et petit gâteaux poivre Schechuan et ...chocolat noir seront sur la table. (Oui je sais, la ligne directrice est pas mal évidente. Je fais avec mes amours, qui ont tous une prédilection avouée pour le chocolat noir 70 % et +.)

Ce matin, café à la main et yeux pochés, je lisais le billet du jour de Marie-Josée, et j'ai failli applaudir, toute seule devant mon écran, tellement je suis d'accord avec elle. Hier soir, après avoir jasé avec les Trois Filles et leur Papa, assise au salon devant un bon feu, collée sur l'Homme-que-J'aime, un verre de scotch et Lily tout près, j'ai senti monter en moi une profonde gratitude. La vie me donne beaucoup, chaque jour, depuis que l'Homme-que-J'aime est entré dans ma vie.

Je ne vois pas le bonheur comme une pièce continue sans intermède ni pub ; pour moi, le bonheur, c'est une mosaïque de beaux petits instants. Il faut se reculer un peu pour voir l'ensemble de la charmante courtepointe qu'ils forment, et en ressentir toute la chaleur et la beauté.

Hier soir, j'étais heureuse. Ce matin encore, et aujourd'hui sera une journée superbe.

Sur ce... je file à la cuisine !

vendredi 19 décembre 2008

Épisode où Le Frisé fait une brève apparition

Il me semble que, de plus en plus, le roulement de l'économie reposera sur les femmes. Du moins, c'est ce qui m'a traversé l'esprit hier alors que j'effectuais mentalement le compte des factures à régler d'ici fin décembre. Et que je me retenais pour ne pas hyperventiler.

Non, je ne parle pas de dépendance au shopping. Je parle de la Femme Seule, qu'elle soit séparée, divorcée ou célibataire, et qui n'a plus 20 ans, âge béni où l'on peut encore soulever des tonnes de trucs lourds et grimper un peu partout sans craindre de se briser les os. Score compte double si la Femme Seule est aussi une maman.

Prenez moi, par exemple. Cet été, j'ai mis l'homme qui partageait ma vie depuis six ans à la porte -- appelons-le Le Frisé, question de le reconnaître lorsque je le ramènerai (sur ce blog, et non chez moi, je précise !). Le Frisé a décidé que la tondeuse, entre autres choses, lui revenait de droit. (Probablement parce que moi, je n'y avais jamais touché.) Exit la tondeuse du garage, donc.

Mais je fais quoi, moi, le jour où je reviens du travail et réalise qu'il me faudra une faux pour me rendre jusqu'à la porte de mon domicile, question d'éviter couleuvres et insectes divers qui y rôdent, et que je risque de me perdre en route, sans aucune chance d'être retrouvée ?

Première étape : je saute sur le PubliSac et j'épluche la circulaire du Canadienne Tirelire. Et me tape une crise d'apoplexie en voyant le coût de ces bidules-là. Non seulement c'est orange ou vert, laid et bruyant, mais en plus, ça coûte cher, trop cher pour une Femme Seule qui, du jour au lendemain, s'est retrouvée avec trois pièces à meubler dans la maison !

Deuxième étape : j'approche quelques Petits Voisins, espérant qu'ils auront la gentillesse de couper ma pelouse en échange de quelques dollars. Avec la tondeuse de leur maman, évidemment. Mais Petits Voisins ont découvert depuis quelques années qu'ils se rapprochent beaucoup plus rapidement du iPod convoité en travaillant au dépanneur plutôt qu'en faisant du quasi-bénévolat chez les Woézines dépourvues. Refus systématiques, mais polis, des Petits Voisins.

Troisième étape : je louche du côté de Voisin d'En Face, qui a sa propre compagnie d'entretien de pelouse et de déneigement -- mais commercial. C'est lui, en bout de ligne, qui m'a dépannée cet été, en envoyant un de ses employés chaque fois que nécessaire (c'est-à-dire quand, de sa fenêtre, ma pelouse trop longue le fatigue !), mais en me facturant pour ce service, évidemment.

À l'automne, chute des feuilles -- doh. Seulement ici, il faut compter plus de 72 sacs de jardin (les gros oranges) remplis à craquer. Sérieux, on se fout le pied dedans, on pousse, on pile, sinon, c'est une centaine de sacs qu'il faudrait traîner jusqu'à la rue, et la maison prendrait des airs de Louisiane barricadée contre ses digues rompues, avec tous ces sacs alignés, empilés, en attente du jour béni où les ordures seront ramassées. Toute seule, limitée à des micro week-ends qui passent trop vite, je n'y arrivais pas, mais une école tout près proposait les services d'élèves voulant ainsi financer leur voyage de fin d'année. Un prix ridicule, ils demandaient, et ils fournissaient les sacs en plus. Je leur ai donné le double chaque fois qu'ils sont venus (quatre fois en tout), et j'ai fourni les sacs. Encore là, c'était du vol.

Prises d'assaut par toutes ces feuilles, les gouttières de la maison se remplissent et se bouchent, ce qui cause plusieurs problèmes, automne et hiver. J'ai appris à mes dépens la première année où j'ai habité la maison. Les années suivantes, Le Frisé grimpait donc dans une échelle et vidait systématiquement les gouttières, chaque automne. Moi, atteinte de vertige et d'ostéopénie, qui tremble sur la première marche d'un escabeau et peux péter en mille morceaux juste à y penser, j'avais vraiment pas envie de m'atteler à cette tâche. D'autant plus que Le Frisé avait, vous vous en doutez, réclamé l'échelle.

Cette fois, c'est un petit feuillet vert menthe déposé dans ma boîte à lettres et offrant les services d'un homme à tout faire qui m'a sauvée.

On comprendra que l'histoire de la pelouse s'est répétée côté neige.

Bref, moi qui ai peine à joindre les deux bouts, je me suis tout de même tapé les frais reliés à plusieurs services que je ne pouvais pas faire moi-même, ou qui auraient requis l'achat d'un outil laid et bruyant que je ne pouvais m'offrir sur le coup. Pour la neige : j'ai calculé que Voisin-d'En-Face pourra déneiger cinq ans avant que j'aie déboursé le coût d'une souffleuse -- on s'entend que souffleuse dans le garage, je n'aurai jamais !

Oui, je pourrais vendre ma maison, déménager. Mais dans cette maison, j'ai investi tout mon avoir, et sa valeur a doublé en quatre ans. C'est tout ce que je possède. Je la considère un placement sûr ; et pis zut, j'aimerais pas vivre en Ville -- lire Morial -- où le coût des petits condos ou appart excède celui de mes paiements hypothécaires sur une maison qui peut aisément accueillir Les Trois Filles et les boyfriends chaque fois qu'elles en ont envie.

Alors voilà : j'engage des gens. Je paie pour leurs services. Bye ! bye ! petits pots de crème Lancôme, bonjour Monsieur Chose et Voisin d'En Face.

Et les trois pièces vides ? Ben, elles sont toujours vides. Ça fait... aéré. Et propre !

mercredi 17 décembre 2008

Rouge

Mes ongles d'orteils sont recouverts de vernis rouge.
Pétant, le rouge. C'est très joli.

Je les regarde et je me dis que je devrais porter une petite robe noire moulante, au décolleté vertigineux, et avoir une flûte de champagne à la main. Un Laurent Perrier rose, tiens. J'aurais le regard langoureux, les lèvres enflées et les boucles folles de Marilyn après une nuit blanche. Je serais follement heureuse, éperdue d'amour, tentatrice et séductrice, tentée et séduite.

Mais j'ai juste froid aux pieds, et je suis certaine que sous le rouge, mes ongles sont bleus. De froid.
Tant pis si mes bas de laine laissent des marques sur le beau vernis rouge tout neuf.

Je hais l'hiver.