Il me semble que, de plus en plus, le roulement de l'économie reposera sur les femmes. Du moins, c'est ce qui m'a traversé l'esprit hier alors que j'effectuais mentalement le compte des factures à régler d'ici fin décembre. Et que je me retenais pour ne pas hyperventiler.
Non, je ne parle pas de dépendance au shopping. Je parle de la Femme Seule, qu'elle soit séparée, divorcée ou célibataire, et qui n'a plus 20 ans, âge béni où l'on peut encore soulever des tonnes de trucs lourds et grimper un peu partout sans craindre de se briser les os. Score compte double si la Femme Seule est aussi une maman.
Prenez moi, par exemple. Cet été, j'ai mis l'homme qui partageait ma vie depuis six ans à la porte -- appelons-le Le Frisé, question de le reconnaître lorsque je le ramènerai (sur ce blog, et non chez moi, je précise !). Le Frisé a décidé que la tondeuse, entre autres choses, lui revenait de droit. (Probablement parce que moi, je n'y avais jamais touché.) Exit la tondeuse du garage, donc.
Mais je fais quoi, moi, le jour où je reviens du travail et réalise qu'il me faudra une faux pour me rendre jusqu'à la porte de mon domicile, question d'éviter couleuvres et insectes divers qui y rôdent, et que je risque de me perdre en route, sans aucune chance d'être retrouvée ?
Première étape : je saute sur le PubliSac et j'épluche la circulaire du Canadienne Tirelire. Et me tape une crise d'apoplexie en voyant le coût de ces bidules-là. Non seulement c'est orange ou vert, laid et bruyant, mais en plus, ça coûte cher, trop cher pour une Femme Seule qui, du jour au lendemain, s'est retrouvée avec trois pièces à meubler dans la maison !
Deuxième étape : j'approche quelques Petits Voisins, espérant qu'ils auront la gentillesse de couper ma pelouse en échange de quelques dollars. Avec la tondeuse de leur maman, évidemment. Mais Petits Voisins ont découvert depuis quelques années qu'ils se rapprochent beaucoup plus rapidement du iPod convoité en travaillant au dépanneur plutôt qu'en faisant du quasi-bénévolat chez les Woézines dépourvues. Refus systématiques, mais polis, des Petits Voisins.
Troisième étape : je louche du côté de Voisin d'En Face, qui a sa propre compagnie d'entretien de pelouse et de déneigement -- mais commercial. C'est lui, en bout de ligne, qui m'a dépannée cet été, en envoyant un de ses employés chaque fois que nécessaire (c'est-à-dire quand, de sa fenêtre, ma pelouse trop longue le fatigue !), mais en me facturant pour ce service, évidemment.
À l'automne, chute des feuilles -- doh. Seulement ici, il faut compter plus de 72 sacs de jardin (les gros oranges) remplis à craquer. Sérieux, on se fout le pied dedans, on pousse, on pile, sinon, c'est une centaine de sacs qu'il faudrait traîner jusqu'à la rue, et la maison prendrait des airs de Louisiane barricadée contre ses digues rompues, avec tous ces sacs alignés, empilés, en attente du jour béni où les ordures seront ramassées. Toute seule, limitée à des micro week-ends qui passent trop vite, je n'y arrivais pas, mais une école tout près proposait les services d'élèves voulant ainsi financer leur voyage de fin d'année. Un prix ridicule, ils demandaient, et ils fournissaient les sacs en plus. Je leur ai donné le double chaque fois qu'ils sont venus (quatre fois en tout), et j'ai fourni les sacs. Encore là, c'était du vol.
Prises d'assaut par toutes ces feuilles, les gouttières de la maison se remplissent et se bouchent, ce qui cause plusieurs problèmes, automne et hiver. J'ai appris à mes dépens la première année où j'ai habité la maison. Les années suivantes, Le Frisé grimpait donc dans une échelle et vidait systématiquement les gouttières, chaque automne. Moi, atteinte de vertige et d'ostéopénie, qui tremble sur la première marche d'un escabeau et peux péter en mille morceaux juste à y penser, j'avais vraiment pas envie de m'atteler à cette tâche. D'autant plus que Le Frisé avait, vous vous en doutez, réclamé l'échelle.
Cette fois, c'est un petit feuillet vert menthe déposé dans ma boîte à lettres et offrant les services d'un homme à tout faire qui m'a sauvée.
On comprendra que l'histoire de la pelouse s'est répétée côté neige.
Bref, moi qui ai peine à joindre les deux bouts, je me suis tout de même tapé les frais reliés à plusieurs services que je ne pouvais pas faire moi-même, ou qui auraient requis l'achat d'un outil laid et bruyant que je ne pouvais m'offrir sur le coup. Pour la neige : j'ai calculé que Voisin-d'En-Face pourra déneiger cinq ans avant que j'aie déboursé le coût d'une souffleuse -- on s'entend que souffleuse dans le garage, je n'aurai jamais !
Oui, je pourrais vendre ma maison, déménager. Mais dans cette maison, j'ai investi tout mon avoir, et sa valeur a doublé en quatre ans. C'est tout ce que je possède. Je la considère un placement sûr ; et pis zut, j'aimerais pas vivre en Ville -- lire Morial -- où le coût des petits condos ou appart excède celui de mes paiements hypothécaires sur une maison qui peut aisément accueillir Les Trois Filles et les boyfriends chaque fois qu'elles en ont envie.
Alors voilà : j'engage des gens. Je paie pour leurs services. Bye ! bye ! petits pots de crème Lancôme, bonjour Monsieur Chose et Voisin d'En Face.
Et les trois pièces vides ? Ben, elles sont toujours vides. Ça fait... aéré. Et propre !
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